[Zoom] L’Observatoire des Usages de l’Agriculture Numérique a 3 ans !

Depuis sa création en 2017 , l’Observatoire des Usages de l’Agriculture Numérique porté par la Chaire AgroTIC et #DigitAg réalise des enquêtes et produit des états des lieux des usages des technologies numériques dans différents domaines de l’agriculture. Quelles sont les technologies utilisées ? Pour quels types d’agricultures et quelles applications ? Avec quels freins à l’adoption et quels leviers ? A ce jour l’Observatoire a produit 13 études et infographies, et 3 nouvelles sont en préparation pour 2020. Entretien avec Nina Lachia, sa responsable.

Comment est né cet Observatoire ?

A l’origine du projet, un constat : les organisations officielles françaises n’incluent pas ou très peu de données statistiques sur le numérique en agriculture dans leurs rapports annuels (celles d’Agreste par exemple). Or, disposer d’informations fiables sur l’adoption des outils et services numériques en agriculture est important pour tous les acteurs. Pour les entreprises, il s’agit de concevoir des services qui correspondent aux besoins réels des utilisateurs finaux, pour les enseignants, de définir les cours de formation initiale et continue appropriés à destination des étudiants, des agriculteurs et des conseillers, pour les organisations agricoles et les institutions régionales ou nationales, de définir les stratégies et politiques d’appui à la profession. Ainsi, est né l’Observatoire des Usages de l’Agriculture Numérique, issu de la dynamique de deux consortiums,  la Chaire d’entreprises AgroTIC et l’Institut Convergences #DigitAg.

Quelle organisation et quelles méthodes ont été retenues pour déterminer et conduire les études ?

L’agriculture française représente une diversité de thématiques (végétal, animal, cultures pérennes, annuelles…) et les technologies numériques évoluent rapidement, aussi il ne nous est pas apparu pertinent de produire un état des lieux unique des usages de l’agriculture numérique, Nous diffusons tous les 3 mois des études courtes et ciblées sur des technologies identifiées par les partenaires. Outre les organismes de recherche, de formation et de transfert, AgroTIC et #DigitAg regroupent 28 entreprises qui couvrent une grande partie de la chaîne de l’agriculture numérique. Le choix et la priorisation des sujets d’études sont réalisés en fonction des besoins collectifs de l’ensemble des partenaires (coopératives, fabricants, prestataires de services), réunis en atelier 2 fois par an, et avec l’expertise de l’équipe opérationnelle. On constate que cette production rapide et régulière de livrables alimente et guide la réflexion non seulement des partenaires de l’Observatoire, mais aussi d’autres acteurs de l’écosystème de l’agriculture, comme des coopératives, des pôles de compétitivité, le ministère de l’agriculture…

Nos résultats sont publics, comme l’exige la fondation SupAgro qui le soutient grâce à des fonds publics et privés. L’implication des chercheurs et des enseignants assure sa neutralité et sa légitimité académique, celle des organisations agricoles garantit l’intérêt agronomique des sujets étudiés et permet de recueillir les visions des utilisateurs., L’implication des sociétés de services numériques assure l’accès à des informations importantes, comme les parts de marché et les niveaux d’adoption par les clients-agriculteurs.

Des enquêtes et des entretiens auprès des principaux acteurs (agriculteurs, conseillers, fournisseurs et distributeurs) sont menées pour produire des études de 2 types : des synthèses chiffrées sous forme d’infographies, et des dossiers thématiques, où  sont exposés les freins et les moteurs de l’adoption, les besoins de formation des agriculteurs et conseillers. Ces livrables complémentaires permettent de développer une vision plus systémique de l’adoption des technologies numériques en France. Ces deux types nécessitent des méthodologies différentes.

 

La production d’infographies

L’objectif est de répondre aux questions suivantes pour chaque service ou technologie considéré : Quel est le niveau d’utilisation de cette solution en France ? Quelles sont les applications agronomiques associées ? Existe-t-il des spécificités, des obstacles particuliers ou des facteurs d’adoption selon les secteurs de production ?

La méthode utilisée pour répondre à ces questions est originale puisqu’elle ne repose pas sur une enquête réalisée auprès d’un échantillon d’agriculteurs. Il s’agit d’obtenir la vue la plus exhaustive possible en interrogeant les fournisseurs de services ou de produits sur leur part de marché par région et par type de production.

La première étape est un inventaire complet de tous les fournisseurs de services liés à la technologie cible. Un suivi des principaux forums de discussion des agriculteurs sur le web complète cette étape. Cette première étape a pour objectif d’identifier les principaux fournisseurs et les principaux défis d’une technologie donnée.

La deuxième étape est basée sur des entretiens individuels avec chacun d’eux. Ils ont pour but d’obtenir des données sur leur part de marché, mais aussi des informations qualitatives sur l’adoption et l’évolution des parts de marché. Enfin, des entretiens individuels avec des experts d’instituts techniques et de sociétés de conseil, et des responsables de la recherche et du développement des principales coopératives sont réalisés pour vérifier les données après consolidation à l’échelle nationale. Un suivi des principaux forums de discussion des agriculteurs est utilisé pour vérifier la cohérence de l’information.

Une vision plus systémique de l’adoption des technologies

Grandes cultures et élevage bovin, secteurs pionniers

Y a-t-il des secteurs où outils et services émergent plus rapidement ? S’il est trop tôt pour être exhaustif, on peut donner quelques exemples. Les études 2017 sur les grandes cultures, la viticulture et la télédétection ont montré un certain retard à l’adoption des technologies numériques dans le secteur de la viticulture. : 10 % de la surface en grandes culture française avait fait l’objet d’une prestation de service de télédétection, contre 1 % de la surface en vigne. De même, nous avons pu constater que l’usage de robots est fréquent en élevage, notamment en élevage bovin laitier, alors que l’on est encore aux prémices pour les cultures végétales., où s’agit principalement  de les utiliser pour le désherbage et le maraîchage..

Traçabilité et smartphones, en tête des usages

Quels sont les usages les plus notables par filière ? Des secteurs pionniers ? A ce jour, pour toutes les filières étudiées, le numérique évoque d’abord la traçabilité : que ce soit pour des raisons réglementaires, administratives ou technico-économiques, Il s’agit souvent du premier outil cité et utilisé par les conseillers, agriculteurs et éleveurs. De même, les applications smartphones sont souvent mentionnées, avec des usages qui diffèrent en fonction des filières.
Quelques exemples :

  • En grandes cultures, l’usage le plus connu et le plus répandu du numérique est l’utilisation de systèmes de géolocalisation (GNSS) pour les technologies de guidage, de coupure de section et d’autoguidage. On y remarque aussi le développement de la télédétection pour le pilotage de la fertilisation azotée (dernier apport), qui peut aller jusqu’à la modulation intra-parcellaire automatique. Les usages d’outils semblent concerner essentiellement la fertilisation (azote, fumure de fond) et le pilotage des semis.
  • En viticulture, les enjeux semblent plutôt concerner la protection contre les maladies, avec l’utilisation de modèles agro-météo, ou le pilotage des vendanges par télédétection ou cartographie du sol.
  • En arboriculture, il semble que les outils numériques utilisés soient également en lien avec la protection contre les ravageurs et les maladies. Le pilotage de l’irrigation, avec un usage fréquent des capteurs fixes y est également un enjeu.
  • En élevage, la robotisation est fortement présente pour des thématiques de production, de suivi sanitaire, de bien-être animal et de confort de travail (capteurs, logiciels de gestion de troupeau, robots de traite, d’alimentation ou de nettoyage). Ces usages sont répandus en élevage bovin laitier, alors que les outils numériques sont encore très faiblement utilisés pour des élevages plus extensifs (les études sont encore en cours).

Un besoin en accompagnement des différents acteurs dans toutes les filières étudiées

Les utilisateurs finaux, les conseillers, mais aussi les structures collectives agricoles et les distributeurs ne savent pas toujours comment intégrer le numérique dans leurs conseils ou les services proposés. Il y a une attente forte pour mieux connaître l’offre technologique et les services existants et ainsi mieux identifier les services qui seront les plus utiles pour l’utilisateur final.

Une attente particulière de l’expertise apportée par les conseillers agricoles 

Leur rôle en tant qu’interprète de données, expert sur le fonctionnement de base de certaines technologies, et interlocuteur privilégié des agriculteurs sur l’intérêt ou non d’une technologie a été mis en avant pour les filières végétales.

Les facteurs d’adoption du numérique ne sont pas toujours d’ordre économique ou pour un gain de productivité. La valeur d’un outil, qu’il soit numérique ou non, va fortement dépendre de l’utilisateur, de sa stratégie, du contexte socio-économique de l’exploitation. Ainsi, les raisons de l’adoption et de l’utilisation d’un outil peuvent beaucoup varier : gagner en productivité, en rentabilité économique, favoriser des pratiques respectueuses de l’environnement, gagner en confort de travail, pallier au manque de main d’œuvre, diminuer la pénibilité de certaines tâches, etc.

La suite ? En 2020 nous diffuserons 3 nouvelles études sur le maraîchage, les capteurs de rendement et l’élevage porcin, et une fois toutes les études réalisées, une étude comparative des filières.

 

Les thématiques traitées et en cours d’étude

 

Le Site de l’Observatoire

Contact

Nina Lachia – nina.lachia [AT] supagro.fr