#DigitAg : quels enjeux ? quelles priorités ?

L’Institut Convergences #DigitAg  a 6 mois. En janvier 2017 ses équipes ont fait connaissance lors d’un premier séminaire interne, occasion de présenter ses axes de recherche et sa Graduate School, d’échanger à travers 8 ateliers-challenges pour faire émerger les premières questions scientifiques à traiter. Depuis, #DigitAg a sélectionné et cofinance 15 premiers sujets de thèses et 2 post-doctorats, et a labellisé 7 premières thèses. La chaire AgroTIC a proposé un séminaire sur les smartphones en agriculture, où l’observatoire des usages en Agriculture Numérique, cofinancé par #DigitAg, a présenté ses premiers résultats. Des rencontres dédiées aux entreprises membres ont aussi été organisées. L’inauguration de l’institut le 30 juin 2017 donnera lieu à des conférences qui réuniront agriculteurs-usagers, acteurs du numérique, chercheurs, enseignants, entrepreneurs et officiels. A J-30 de l’évènement, questions sur les enjeux et priorités de #DigitAg à Véronique Bellon-Maurel, sa directrice, et Frédérick Garcia, son directeur-adjoint.

 

 

Quels sont les objectifs majeurs de #DigitAg ? 

Véronique Bellon-Maurel : L’objectif principal est de faire progresser l’agriculture numérique, qui sera une véritable révolution. Il faut développer des recherches sur les « verrous » technologiques et sociaux, former les futurs utilisateurs et les futurs concepteurs des outils, s’assurer de la diffusion de ces technologies dans le monde rural. Notre ambition concerne l’agriculture française mais aussi les agricultures des Suds.

 

En quoi cet institut diffère des collaborations de recherche traditionnelles ?

Frédérick Garcia : L’Institut diffère des simples collaborations de recherche par l’ambition du projet en termes de recherche et de formation, autour de l’objectif commun et fort :  l’étude et l’accompagnement du développement de l’agriculture numérique.

[VBM] : Ce qui est inédit dans #DigitAg, c’est l’interdiscipinarité qui est au coeur de nos recherches. Il s’agit aussi d’un projet de 7 ans minimum, contrairement aux collaborations classiques de 2 à 4 ans.

 

A quels enjeux de l’agriculture numérique #DigitAg peut-il répondre ?

[VBM] : Il y a 2 enjeux majeurs pour l’agriculture numérique. Le premier est produire mieux, c’est à dire, produire autant ou plus, mais en réduisant notre impact sur l’environnement et en augmentant le confort de travail de l’agriculteur et sa sécurité. C’est le rôle de l’agriculture de précision. Par exemple, avec la connaissance précise des besoins des plantes en nutriments, on va pouvoir leur apporter uniquement ceux nécessaires, sans excès.

Le deuxième grand enjeu, c’est de mieux intégrer l’agriculture dans la société grâce au numérique. Cela veut dire un meilleur partage de la valeur, une place plus visible et un rôle plus affirmé des agriculteurs dans la société et les territoires. Par exemple, la vente directe sur internet rapproche les agriculteurs des consommateurs, souvent citadins. Une marque comme “C’est qui le patron ?!” utilise internet pour construire collectivement, avec les consommateurs, le cahier des charges de produits alimentaires avant de les commercialiser au juste prix. Quels sont les critères pour lesquels les consommateurs sont prêts à payer plus un agriculteur ? Pour le lait, les consommateurs sont prêts à payer le litre + 15 centimes pour permettre à l’agriculteur de prendre des week-end de congés, aux vaches d’être à l’herbage 3 à 6 mois…

[FG] : Je pense également aux questions liées à l’impact sociétal de l’émergence de l’agriculture numérique, aux modifications que cela entraîne chez les agriculteurs en termes d’organisation du travail, de formation et de transfert de connaissances. Et aussi de modes de consommation et, plus globalement, de relations agriculture-société.

 

Une « Graduate School » en France, à quoi cela correspond-il ?  Quels modèles d’enseignement sont envisagés ?

[VBM]  : La Graduate School a une double vocation : rapprocher le niveau master de la recherche et de ses thèses, et le lier au monde de l »entreprise. Les étudiants sont plus intégrés au monde professionnel, que ce soit dans l’entreprise ou dans la recherche. Pour cela, nous faisons intervenir des chercheurs et des professionnels dans les enseignements de masters. Nous développons aussi de nouvelles formes d’enseignement  : plus d’approches par projet, utilisation de la pédagogie inversée, où l’étudiant explique à ses pairs, des Moocs, des Spocs…

 

Que diriez-vous à un doctorant, un étudiant de master qui envisage d’intégrer une équipe #DigitAg ou de suivre une des formations proposées ?

[FG] : Je lui dirai qu’il aura la chance de participer à un projet collectif ambitieux autour d’enjeux cruciaux pour la société, où l’interdisciplinarité est fortement présente et valorisée dans le respect des disciplines scientifiques.

[VBM]  : Excellent choix ! Ca va être une aventure humaine exceptionnelle. Nous proposons chaque année 25 sujets de masters et 15 sujets de thèses, pour lesquels un minimum d’interdisciplinarité est requise, de la sociologie aux mathématiques appliquées en passant par l’agronomie et les sciences du numérique. Cette interdisciplinarité au coeur de #DigitAg amène une grande ouverture d’esprit . Et recruter 40 jeunes chaque année sur des sujets de recherche interdépendants apporte une grande dynamique à la communauté !

 

#DigitAg est l’institut Convergence de l’I-SITE MUSE Montpellier Université d’Excellence. Quelles seront ses contributions à l’excellence requise ?

[VBM]  : L’excellence va se construire par une approche inédite des questions de recherche qui émanent de l’agriculture numérique. Nos étudiants en master et thèse seront au centre des recherches et de l’innovation. Grâce à eux et à leurs sujets interdisciplinaires, des équipes de disciplines différentes pourront dialoguer, c’est encore une pratique peu courante. Dans l’I-Site MUSE #DigitAG sera le lieu de convergence des communautés agronomiques et des sciences numériques, sociales, économiques et de gestion.

 

Comment vont se dérouler les échanges avec les entreprises ?

[VBM] :  Les 8 entreprises partenaires de #DigitAg accueilleront des stages de master, dispenseront des cours dans les formations proposées et à travers des outils pédagogiques innovants (l’Observatoire des usages, le Mas numérique, la Chaire AgroTIC). Elles seront aussi en première ligne pour le transfert des résultats issus de nos recherches.

[FG] : Au delà du « noyau dur »  des entreprises partenaires fondateurs, nous aurons à cœur d’établir progressivement des liens forts avec l‘ensemble des acteurs professionnels de la filière agriculture numérique, à Montpellier,  mais également à Toulouse et Rennes.

 

Qu’est-ce que l’ innovation, vue par #DigitAg ?

[VBM] :  L’innovation en fait, c’est l’objectif de #DigitAg ! Tout d’abord, l’innovation fera l’objet de recherches : comment mieux intégrer les agriculteurs dans la construction des outils pour avoir des outils utiles et utilisés ? D’autre part, nous chercherons à valoriser les résultats des recherches et à encourager la création d’entreprises par les étudiants. La SATT AxLR, membre de #DigitAg jouera un rôle de premier ordre pour sensibiliser les étudiants à l’entrepreneuriat, accompagner les porteurs de projets dans le développement de leur technologie et de leur projet jusqu’au marché.

 

Quels sont les premiers chantiers ?

[VBM] :  Après la mise en place de la gouvernance, place à la science ! Les premières thèses démarrent cet automne ainsi que 2 post-doctorats, co-sélectionnés avec les Labex Agro, CeMEB et NUMEV. Les stages de masters débuteront en janvier prochain. La « Graduate school » se prépare, avec une première journée d’échanges en juillet qui réunira les responsables des différents masters. Le but sera de créer une communauté de pratiques et de bâtir de nouveaux programmes.

 


Véronique Bellon-Maurel, Directrice de l’Institut Convergences #DigitAg, est Directrice du département scientifique Ecotechnologies d’Irstea.
Son Domaine d’Expertise : les capteurs et la mesure de milieux complexes, en particulier grâce à la spectroscopie proche infra-rouge.
Diplômes : Ingénieur agronome et Ingénieur général des Ponts, Eaux et des Forêts, Thèse et HDR en Génie des Procédés, INP Toulouse

Frédérick Garcia, Directeur-adjoint de l’Institut Convergences #DigitAg, est Directeur de Recherche Inra, unité Mathématiques et Informatique Appliquées de Toulouse, Il a été responsable du département scientifique « Mathématiques et Informatique Appliquées » de l’INRA de 2011 à 2016 et Délégué à la Transition Numérique de l’INRA.
Son Domaine d’Expertise : l’Intelligence artificielle
Diplômes :  Ingénieur et Thèse de l’Ecole Nationale Supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace de Toulouse – SUPAERO et HDR en Sciences informatiques