Conseil numérique international pour l’alimentation et l’agriculture : #DigitAg contribue à la note conceptuelle de la FAO

Lors du Forum mondial sur l’alimentation et l’agriculture de janvier dernier à Berlin, les 74 ministres de l’agriculture réunis se sont engagés à mettre le potentiel du passage au numérique au service de la productivité agricole et de la production, en améliorant la viabilité des ressources, les perspectives en termes d’emplois, les perspectives commerciales et les conditions de vie, en particulier dans les zones rurales. Pour aider chacun à tirer parti des possibilités offertes par la numérisation, ils ont demandé à la FAO, avec l’ensemble des parties prenantes, d’élaborer une note conceptuelle relative à la création d’un Conseil numérique international de l’alimentation et l’agriculture. #DigitAg est un des 106 contributeurs de la consultation ouverte cet automne par la FAO.

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4 questions pour définir le conseil et ses missions

Dans un esprit de collaboration, ce Conseil numérique international sera chargé “d’examiner et d’élaborer des directives volontaires, de conseiller les décideurs et d’améliorer le partage des connaissances sur les meilleures pratiques susceptibles de contribuer au développement agricole et rural durable pendant la transition vers le numérique. ”

Pour le construire, la consultation proposait de s’interroger sur les questions suivantes : Quels sont les points d’entrée potentiels qui permettraient aux gouvernements de relever les défis et de favoriser le développement de l’agriculture numérique ?  – Comment la création du Conseil numérique peut-elle contribuer à lever les nombreux obstacles à l’adoption de ces technologies ?Pensez-vous que les rôles assignés au Conseil numérique sont appropriés pour faire face aux défis des systèmes alimentaires ?  –  Quelle structure de gouvernance convient-il mettre en place pour que le Conseil puisse remplir sa mission ?

 

Mettre l’accent sur l’interdisciplinarité et le multi-acteurs

Porté par Pascal Bonnet, le point de vue de #DigitAg met en avant ces deux mots-clés.

La question des points d’entrée pour relever les défis et favoriser le développement de l’agriculture numérique est complexe. Le développement de l’agriculture numérique nécessite la mise en place graduelle d’un vaste écosystème d’innovation, basé sur, d’une part, de multiples acteurs (gouvernance, centres de compétences, établissements de formation), diverses techniques et technologies agricoles et numériques (capteurs, équipements agricoles et non agricoles porteurs de ces capteurs, smartphones et autres matériels communicants intégrateurs de capteurs et services) et infrastructures (réseaux et Infrastructures de communication pour échanger des données, communiquer, Internet), et d’autre part, sur la conception de Services informationnels et de plateformes «d’intelligence agronomique et économique ». Ceux-ci reposent sur des données et des modèles, des algorithmes pour l’aide à la décision dans la production et la commercialisation. La recherche y tient un rôle important, ainsi que la mise en relation des acteurs et des organisations (associations de producteurs), qui intègrent le numérique dans leurs stratégies et politiques d’entreprise et d’actions collective et individuelle.

La mise en place de l’écosystème est favorisée par l’existence d’un modèle sociétal, d’un environnement sectoriel et d’un contexte politique et économique de « l’économie numérique ». C’est bien le système d’innovation dans son ensemble qui doit être réfléchi, dont les différentes composantes sont plus ou moins solides selon les pays et  les contextes.

Les centres de compétences sont particulièrement utiles au développement de ce système d’innovation. Ainsi, les centres de recherche qui travaillent sur le domaine de l’agriculture numérique pour des travaux de recherche en interdisciplinarité, où les sciences du numérique sont associées aux sciences agronomiques et sociales. Ce niveau de collaboration entre domaines disciplinaires n’est pas encore en place partout, on peut citer l’exemple français de l’Institut Convergences #DigitAg (www.hdigitag.fr).

Au-delà de ces aspects génériques, se greffent des difficultés propres aux pays en développement, comme la fracture numérique, mais aussi la fracture juridique : on constate un manque de cadre légal, déontologique et éthique sur l’usage des données, ce qui remet en cause la confiance et la vision sur les bénéficiaires réels de telles méthodes (cf. “Éviter une valorisation technologique et économique asymétrique des big data” in SPORE Sept 2019).

Pour lever les obstacles à l’adoption des technologies, l’inclusivité et la diversité des acteurs seront des facteurs importants. Ce conseil pourrait ainsi être garant de la diversité des points de vue, dans le respect de l’éthique et d’une utilité avérée de la mise en place de solutions numériques, en particulier pour s’engager dans des objectifs de développement durable.

Enfin, parmi les rôles assignés à ce conseil, on peut souhaiter que le pôle de connaissances intègre mieux les sciences sociales, qui étudient les questions de co-design, de transition et d’adoption des technologies. Et, sur la question de la gouvernance, la mise en place d’une alliance globale et de collèges thématiques, dont un collège de la recherche et de l’innovation, avec des groupes de travail opérationnels et des livrables clairs parait adaptée pour remplir cette mission de conseil international.