Après la thèse : Aspexit, projet de start-up en R&D sur l’agriculture de précision

En décembre dernier, Corentin Leroux a soutenu sa thèse de doctorat labellisée #DigitAg. Il revient sur son parcours de doctorant et nous parle de son projet d’après-thèse : la création de son entreprise, Aspexit, qui se propose d’accompagner la filière agricole dans ses projets d’agriculture de précision.

Avec ses goûts multidisciplinaires pour la biologie, les mathématiques et la physique, Corentin s’est engagé sur la voie d’une école d’ingénieur en agronomie. Il découvre en 2ème année à Montpellier SupAgro le parcours AgroTIC. Très rapidement, l’agriculture de précision et ses thématiques innovantes est un domaine pluridisciplinaire qui l’intéresse. Il réalise cette spécialisation de master en alternance chez Telespazio à Bordeaux, sur du traitement d’imagerie aérienne appliqué à la viticulture. puis enchaîne avec une thèse Cifre chez Smag

j’ai toujours voulu travailler sur des domaines assez appliqués, cela me motive plus. Je n’avais pas encore d’idée précise de métier mais je voulais faire de la R&D et cette thèse est arrivée au bon moment

Peux-tu nous résumer ton sujet et ses résultats ?

Durant ma thèse, j’ai travaillé sur le traitement d’information spatiale en agriculture de précision, notamment sur les données de rendement intra-parcellaires, qui sont des données pionnières et assez symboliques en agriculture de précision. Un des aspects qui m’a particulièrement plu. a été de pouvoir mobiliser des compétences en informatique, statistique, géomatique et agronomie.

L’objectif originel de mon projet était de mettre en place au sein de SMAG un service web opérationnel,pour traiter les cartographies de rendement des adhérents, et de les mettre au profit de modèles agronomiques opérationnels, comme la mise en place de plans de fumure de fonds, phosphore et potassium.

J’ai essentiellement travaillé sur des développements méthodologiques pour faciliter et automatiser le traitement de données de rendement, avec bien évidemment des questions de recherche sous-jascentes.  Par exemple,  j’ai travaillé sur la fiabilisation des cartes de rendement, sur la représentation/cartographie des données dans l’espace (zonage), ou encore sur la description / caractérisation de la variabilité intra-parcellaire.

Ces travaux ont soulevé plusieurs questions de recherche, notamment sur la façon d’éliminer un bruit / biais variable dans l’espace, sur la façon de prendre en compte des contraintes opérationnelles et de l’expertise dans le découpage d’une parcelle en zones homogènes… L’objectif étant de développer un service web opérationnel, il fallait intégrer à la réflexion le fait que les méthodes soient automatisables et robustes.

A la fin de ma thèse, une chaîne de traitement opérationnelle a été mise en place pour exploiter et traiter les cartographies de rendement. Il reste néanmoins du travail pour aller jusqu’à l’utilisation de ces cartes de rendement pour affiner les préconisations d’un service opérationnel de fumure de fonds.

Réfléchir tôt à l’après-thèse

L’après-thèse, j’y ai réfléchi un peu tout le temps durant ces 3 années : continuer dans le monde de la recherche, est-ce que c’est ce que j’ai envie de faire plus tard ?

Personnellement j’ai été un peu frustré en alternance et en thèse, de n’avoir pas suffisamment travaillé avec les bénéficiaires finaux des services sur lesquels j’ai travaillé, à savoir les acteurs du terrain : les coopératives, les agriculteurs… Malgré un sujet appliqué, j’ai très peu co-construit avec ces acteurs-là. En thèse il y a toujours un curseur entre le travail de recherche où il faut proposer une nouvelle façon de voir les choses, formaliser des approches, publier…, et le travail opérationnel. J’aurais peut-être aimé allé plus loin sur ce dernier aspect. En fait je me suis toujours dit que cela ne me correspondait pas exactement, qu’il fallait que je me positionne autrement. Après ce passage très formateur dans la recherche, j’avais envie de pouvoir conserver cet aspect, mais de poursuivre dans l’opérationnel.

Traiter des données cela m’intéresse, c’est stimulant, j’ai envie que cela serve. J’ai envie de me rapprocher des coopératives, des sociétés de service, du terrain. De pouvoir dire “de quoi avez-vous besoin ? on peut travailler sur du sur mesure, co-construire un service.”  Il faut comprendre comment les acteurs travaillent et ce qui ne va pas sur le terrain.

C’est pour cela, et aussi parce que j’ai toujours eu l’idée d’être entrepreneur, que j’ai très tôt réfléchi à construire un projet d’entreprise qui corresponde à mes attentes et à mes valeurs. J’ai toujours voulu essayer, il n’y a rien de plus valorisant à mes yeux que de monter soi-même un projet, de défendre ses idées. Il faut prendre le temps de se poser et de réfléchir à ce qu’on a appris et à ce qu’on veut, puis se lancer. C’est cool, je ne prends pas un énorme risque.à essayer. Le but n’est pas non plus de rester seul, j’aimerais pouvoir embaucher, mais si cela ne marche pas, j’aurais beaucoup appris.

Créer son entreprise, on s’y prépare comment ?

En construisant son réseau, à travers des rencontres. Il ne faut pas hésiter à contacter des personnes, il y a plus de gens qui répondent que je ne le pensais, ils sont contents de prendre le temps d’échanger. Mes encadrants de thèse ont aussi poursuivi leur accompagnement, en relisant mes dossiers de candidature par exemple.

En s’appuyant sur un maximum de dispositifs d’aide, de réseaux d’entrepreneuriat, d’accélérateurs d’entreprise, comme par exemple le BGE, la French Tech), le BIC… Pôle emploi aussi y contribue, Ce n’est pas toujours évident de savoir tout ce qui existe, que ce soit pour l’avant-, pendant- et après- création d’entreprise.

Et aussi en présentant des concours, cela apporte de la visibilité mais en amont cela apprend à se présenter, à clarifier son offre, à écrire son projet. Par exemple le concours Du doctorat à l’entrepreneuriat en Occitanie, à l’initiative de la Région avec l’i-site MUSE et la SATT AxLR, pour lequel j’ai reçu le prix du public. J’ai aussi passé le concours Graines d’Agro. Cela m’a permis de bénéficier d’ateliers qui préparent à la création d’entreprise : business plan, gestion de projet, pitch….

J’ai aussi démarré tôt la communication, avec des appuis personnels : mon colocataire m’a aidé à construire l’identité visuelle en se chargeant du logo et de la charte graphique, ma mère des photos “pros”, j’ai ouvert le site web et aussi un blog d’information.

 

 

“Aspexit”, en latin, c’est chercher, fouiller, examiner… quelle est l’offre R&D de ton projet de startup  ?

L’idée est d’accompagner les acteurs de la filière agricole, comme les coopératives, les instituts techniques, ou encore les sociétés de service dans leurs projets d’agriculture de précision.

Pour moi, la donnée collectée seule est peu porteuse de valeurs. Elle doit être replacée dans un contexte de production particulier, traitée par des algorithmes performants et sur mesure, et absolument discutée avec les acteurs concernés : agriculteurs, conseillers, coopératives…. J’ai une réelle volonté de générer des décisions et actions concrètes sur le terrain, de travailler avec des approches pluri-disciplinaires en agronomie, pédologie, informatique, géomatique, statistiques…, et de créer du lien entre les acteurs publics et privés du secteur agricole.

Ma proposition de valeurs est vraiment un accompagnement sur mesure de ces acteurs, à travers des prestations de traitement de données, de veille, de formation et de suivi de projets en agriculture de précision. Par exemple : analyse sur mesure de données expérimentales en micro-parcelles ou en bande ; exploitation et traitement de cartes de végétation à haute résolution ; audit d’une chaîne de traitement de l’information en agriculture de précision ; formation QGIS adaptées aux besoins de la filière agricole ; fiabilisation et zonage de cartes de rendement intra-parcellaires…

J’aimerais pouvoir embaucher assez rapidement un profil de développeur informatique pour gérer la partie structuration, architecture et échanges des données avec mes potentiels clients, et dans un second temps, si les prestations me le permettent, des profils de statisticiens et d’agronomes pour m’accompagner sur les prestations de traitement de données et veille.

3 mois après sa soutenance, Corentin est lauréat de la 10 édition du concours Graines d’Agro, dont il remporte le prix Graine d’Excellence. Il doit maintenant intégrer un incubateur pour créer son entreprise et démarcher les futurs clients d’aspexit. Si vous souhaitez le rencontrer, Corentin sera présent au SIMA 2019.

 

 
Aspexit propose d’accompagner les acteurs du monde agricole dans leur transformation numérique avec des prestations R&D sur mesure en agriculture de précision
www.aspexit.com – cleroux [AT] aspexit.com

Voir aussi : son mémoire de thèse et ses publications