3 questions à Isabelle Piot-Lepetit, animatrice du Challenge 7 « Intégration de l’agriculture dans les chaînes de valeur »

Isabelle Piot-Lepetit est la nouvelle animatrice du Challenge 7 de #DigitAg consacré à l’intégration des agriculteurs dans les chaînes de valeur. Elle nous présente sa vision du challenge, ses enjeux et les priorités pour l’année à venir. En premier lieu, échanger et construire ensemble à travers un atelier programmé le 25 janvier 2019.

 

 

Comment imaginer les recherches en agriculture numérique portées par ce challengeà travers cette intégration ?

Economiste formée au management, j’ai conduit des recherches en lien avec la structuration et le management d’organisations, le plus souvent multi-sites : comment optimiser le fonctionnement de ces organisations en utilisant les outils numériques et l’analyse des données ?

On peut faire un parallèle entre le monde de l’entreprise et le monde agricole. Les deux possèdent des données sous-exploitées et un déficit de compétences pour utiliser les outils existants et comprendre ces données. Comment travailler ces données et délivrer une information pertinente (hétérogénéité, harmonisation, format…) pour prendre les bonnes décisions ?

L’intégration des agriculteurs dans les chaînes de valeur ne se limite pas à leur proposer des techniques numériques de traçabilité de leurs produits. Pour une réelle intégration des agriculteurs dans les chaînes de valeur, il faut co-construire avec eux solutions et outils. Cela concerne tout à la fois la gestion des produits en amont et la vente de la production à l’aval.

L’enjeu est d’optimiser la valorisation, que ce soit en délivrant des produits avec plus de valeur ajoutée ou en réduisant les coûts fournisseurs du producteur. Au-delà de l’exploitation de la parcelle, le numérique doit aussi soutenir les décisions concernant l’économie de l’exploitation. En France, il existe des outils pour le suivi et la gestion des stocks, des solutions pour éditer des bilans financiers (comme Ekylibre ), mais encore très peu d’outils numériques pour optimiser la gestion de l’exploitation agricole dans son ensemble, en mobilisant les techniques offertes par l’analytique.

Des outils numériques existent pour les producteurs vendant leurs produits sur des marchés à court terme (en particulier aux USA). En Afrique, actuellement, ce sont plutôt les supports de téléphonie mobile qui sont privilégiés avec une offre de services qui n’est pas tout à fait la même. En effet, l’oralité demeure le fondement des relations et le nombre important de langues locales demeure un challenge auquel, par exemple, le réseau social vocal pour l’économie numérique en Afrique Lenali  tente de répondre.

 

Quelles sont les interconnections disciplinaires nécessaires à la réussite de ce challenge ?

Pour les sciences humaines & sociales, 4 disciplines interviennent :  l’économie, la sociologie et les sciences de gestion (cf. axes 1 et 2 de #DigitAg), aidées par la géographie pour la dimension spatiale (études des spécificités territoriales (cf. Challenge 6)..

Ces SHS doivent pouvoir s’appuyer sur des outils de traitement de l’information capables de trier et de sélectionner les informations pertinentes en fonction du public ciblé. Pour cela, le Challenge 7 a besoin de compétences scientifiques en sécurisation des données mais aussi en Big Data et intelligence artificielle : des compétences portées par les axes 4 et 5 de #DigitAg.

Les questions de l’appropriation des outils numériques par les agriculteurs et de la place de ces derniers dans les chaînes de valeur sont des sujets émergents pour lesquels nous sommes et seront de plus en plus sollicités. Différents organismes, tels que la Commission Européenne ou l‘OCDE, s’intéressent très concrètement à ces questions, et les chercheurs sont les premiers acteurs pouvant apporter un appui scientifique et proposer des solutions spécifiques pour que l’agriculteur renforce et développe son positionnement dans les chaînes de valeur.

 

Quelles seront vos priorités ?

 

En amont, 2 priorités se dégagent, qui seront approfondies lors de l’atelier le 25 janvier prochain :

  • La cartographie des entreprises et de leur offre. Quelles sont les entreprises qui offrent des services numériques aux agriculteurs ? Où sont-elles ? Quelles sont les entreprises qui sont issues du numérique de manière générale et celles qui développent des solutions directement pour le monde agricole ? Leur relationnel avec l’agriculteur n’est évidemment pas le même. Cela sera l’objet de discussion lors de l’atelier, pour éventuellement identifier des sujets de Master permettant de répondre à ces questions.
  • La question de la traçabilité. Nous disposons d’information sur la qualité des aliments, sur leur impact environnemental (analyses de cycles de vie des produits) ou social, mais quand on est producteur, comment communiquer simplement pour faire savoir que le produit proposé est sain et bon ? Actuellement, l’agriculteur n’est pas “armé” pour utiliser les données disponibles. Comment peut-t-on l’aider ?

En aval, l’atelier abordera la question des outils de vente directe et en circuits court

  • Comment apporter à l’agriculteur des outils numériques simples pour l’aider à mettre en ligne des informations produits à disposition du consommateur ? Faut-il des intermédiaires ? Et lesquels ?
  • Actuellement dans ce secteur, le m-commerce (via un mobile) se développe conjointement avec le e-commerce (transaction électronique via Internet de manière générale). Toutefois, les deux supports de commercialisation ont des approches et objectifs différents et spécifiques aux supports utilisés. Comment optimiser l’utilisation offerte par ces supports de commercialisation pour mettre en relation les agriculteurs et les consommateurs et/ou les agriculteurs et les sociétés de transformation ?

 

 

Biographie

Chercheure du département “Sciences Sociales, Agriculture & Alimentation, Espace & Environnement” (SAE2) de l’Inra à l’UMR MOISA de Montpellier, Isabelle Piot-Lepetit a 2 champs de compétences scientifiques : l’économie (HDR) et le management et plus de 25 ans d’expérience dans la recherche, le conseil et l’expertise auprès d’organisations publiques, privées ou à but non lucratif ainsi que la Commission européenne, l’OCDE et la FAO.

Micro-économiste appliquée, spécialisée dans la modélisation, l’économétrie et les méthodes frontières, en particulier l’analyse par enveloppement de données (Data Envelopment Analysis), Isabelle Piot-Lepetit conduit des recherches axées sur la mesure de l’efficacité et de la productivité des organisations. Elle a appliqué ses compétences à un large éventail de sujets empiriques tels que la réduction des déchets polluants et la performance environnementale des entreprises, le changement technique et l’adoption d’innovations dans les organisations, la gestion stratégique de l’empreinte carbone et l’efficacité énergétique des entreprises, la forme organisationnelle optimale des chaînes de franchise, la viabilité financière et l’impact social des institutions de microfinance ou l’adoption et l’usage du numérique en agriculture.

Isabelle Piot-Lepetit a publié dans des revues académiques telles que Annals of Operations Research, Applied Economics, Environmental and Resource Economics, European Journal of Operational Journal, European Management Journal, Food Policy, Journal of Agricultural Economics, Journal of the Operational Research Society, Journal of Small Business Management, parmi d’autres.

Elle a également développé plusieurs outils d’analyse quantitative et créé des solutions analytiques pour différentes organisations, définis de manière à faciliter leur intégration dans la structure et la culture d’entreprise.

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